Photo de la compagnie VLV

Vincent rencontre Lionel About au Lido. Ils fondent en 1994 un duo de jonglage amateur VLV. Ils reçoivent le 2ème prix de la catégorie Circ’Art au festival CIRCA en 1994 (à l’époque abréviation de « Concours International du Rayonnement du Cirque d’Avenir ») et sont sélectionnés pour la bourse Louis Merlin au Festival du Cirque de Demain en 1995.

EXTRAIT DE PRESSE

Christian Aniort - La Dépêche du Midi - novembre 1994
Le Lido fait des étincelles
Lauréats de CIRCA 1994, les Acrostiches, VLV et Guillaume le présentateur, ont mis l’école du Lido sous les feux de la rampe. (..). Lionel et Vincent ont cassé l’image classique du jonglage et ça marche !

 

Duo VLV - Festival cirque de demain - 1995 © CNAC

En 1995, Vincent arrête ses études d’Administration Economique et Sociale à l'Université Toulouse 1 et tente l’expérience de devenir jongleur professionnel accompagné de l’extraordinaire énergie de l’équipe du Lido (Henri Guichard, Geo Martinez et Florence Meurisse). L’émulation qui y règne à cette époque fait que les choses peuvent aller très vite. Ainsi avec Lionel About et Pierre Biondi, ils créent la Compagnie Triplex et répètent à l’espace Myrys de Toulouse. Christian Coumin, référent artistique du Lido, assure la mise en scène. En janvier 1996, ils présentent un numéro au Festival mondial du cirque de demain et obtiennent le prix spécial de Valentin Gneushev, qui est séduit par la fraîcheur et la qualité d’invention de ce trio de jongleur. Ils continuent leurs recherches qu’ils présentent dans plusieurs festivals : Nez-Rouges à Saint-Orens, Parades à Nanterre, Éclats à Aurillac et à Ramonville. Ils sont ensuite accueillis en résidence au Théâtre de la Digue et finalisent le spectacle Le p'tit bal perdu. Après 17 représentations, malgré un succès indéniable et un plan de tournée, l'équipe se sépare.

Compagnie : Triplex
Spectacle : Le p’tit bal perdu
Mise en scène : Christian Coumin
Avec : Lionel About, Pierre Biondi, Vincent Bruel
Scénario : travail collectif
Masques : Valérie Tonnelier
Création lumières : Plume Fontaine
Quelques repères du scénario : Sous leurs robes et leurs masques intemporels, trois sages languissants sont assis. Gardiens de la mémoire, ils « tuent » le temps à ne rien faire, si ce n’est à échafauder des jeux dérisoires. Oubliée ou pas au fond de leurs encombrantes valises vides, une balle rose sorte de « madeleine pur élastomère », surgit comme un remous à la surface miroitante d’une rivière. Trois drôles de bonhommes bondissants, genre shadocks new look, font remonter du fond de leur poubelle un feu d’artifice de balles blanches. Ballets de rebonds de balles, manège de balles asservies à un pendule poétique, ballons virevoltants de la tête au pied d’un ineffable footballeur, balles capricieuses aux précieux effets, balles traçantes ou baladeuses… Ces trois « autruches incongrus » sont animées d’une logique de l’instant, absurde au niveau global mais évidente sur l’instant. L’arôme du « petit bal perdu » de la chanson de Bourvil, qui imprègne le spectacle, emportera les trois sages dans une dernière danse, langage de l’inexprimé, et nous laissera échoué au bord de « boulevard du temps qui passe ».

 
EXTRAITS DE PUBLICATION

Plaquette saison 96/97 du Théâtre de la Digue de Toulouse
En 15 ans, une autre façon de faire du cirque est née, en contre-point d’une tradition. On appelle encore ce cirque-là, nouveau, avant-garde, contemporain, en recherche, pour ne pas dire cirque tout court. Les cirques plumes, Baroques, Docteur Paradis, l’Institut de Jonglage, Jérôme Thomas ou encore les Cousins ont ouvert les chemins d’un art rempli de vitalité, de poésie, ou d’humour. Le vocabulaire de cirque, dans l’espace comme dans l’écriture des prouesses, se retrouve dans des formes inventives de travail. Le cirque sort parfois de la piste, s’invente sur des plateaux de théâtre, retrouve à ciel ouvert ses installations, s’imprègne de techniques et d’esthétiques neuves. De jeunes artistes, formés dans les écoles de cirque ouvertes aux métissages artistiques, exportent leurs créations de par le monde. A Toulouse, le Lido a conquis la reconnaissance de ses pairs, et bénéficie, avec ses jeunes artistes sortis de formation, d’une reconnaissance aux niveaux national et international.
Sur le jonglage
Leur style rompt avec l’image classique de prouesse en jonglage. Triplex utilise essentiellement des balles en silicone qui permettent d’inventer de nouvelles figures dans l’espace. Si le savoir-faire technique est impressionnant (13 balles en rebond à deux par exemple), la technique de jonglage n’est jamais une finalité, mais plutôt un outil pour créer une émotion, une atmosphère.

La Dépêche du Midi - Janvier 1996
« (….). Mais aujourd’hui pour se faire un nom dans le monde du cirque la technique ne suffit pas. Il faut aussi de l’humour, de l’ingéniosité, un talent nouveau. Les Triplex, sont à la fois jongleurs, acrobates, danseurs, et comédiens. Leur numéro de sept minutes est un condensé de virtuosité, de poésie et d’humour. Avec trois personnages naïfs qui évoluent sur des chants et des éternuements de bébés !
La concurrence sera rude devant le jury du Cirque de demain, du 25 au 29 janvier au cirque Bouglione, avec toujours les chinois et les Russes donnés pour favoris. « Le monde du cirque a changé, dit Henri Guichard, directeur du Lido. Certains viennent encore du milieu traditionnel, d’autres du théâtre de rue, mais la plupart d’univers complétement extérieurs au cirque. Sachez qu’aujourd’hui, pour entrer à l’école supérieure des arts du cirque de Châlons, il faut le bac. Pour faire une carrière, savoir se vendre, être inventif, ils ont besoin d’une ouverture culturelle. Même aux plus passionnés des élèves, je dis toujours « passe ton bac d’abord ».

Extraits des recherches du spectacle Le p'tit bal perdu - avril 1996 - Théâtre de la Digue - 1ère partie © Cie Triplex, collection le Lido

 

Extraits des recherche du spectacle Le p'tit bal perdu - avril 1996 - Théâtre de la Digue - 2ème partie © Cie Triplex, collection le Lido

 

Extraits des recherches du spectacle Le p'tit bal perdu - mars 1996 © Cie Triplex, collection le Lido

 

Reportage sur France 3 - janvier 1996 © France Télévision

 

Reportage sut TLT - février 1996 © Télé Toulouse

Début 1997, Vincent et Lionel About (qui se sont rencontrés au Lido) créent la compagnie Vis-à-Vis et entament la réalisation du spectacle Visa pour l'amour qui sera diffusé de 1998 à 2001. La mise en scène est assurée par Christian Coumin, les lumières par David Löchen et la diffusion par Geo Martinez et Florence Meurisse. Ce spectacle rencontre un gros succès et sera joué sur de grandes scènes nationales.


Affiche

Spectacle Visa pour l’amour / Compagnie Vis-à-Vis
Conception et mise en scène : Christian Coumin, Lionel About et Vincent Bruel
Comédiens : Lionel About et Vincent Bruel
Lumières : David Löchen
Création son : Sophie Constantin
Décor, Machinerie : Martin Ortiz et Philippe Juquin
Affiche : Ronald Curchod, photo de François Serveau
Production : Florence Meurisse et Georges Martinez
Quelque part entre le cirque, la danse et le mime, “ Visa pour l’Amour ” est l’histoire sans parole de deux clowns tendres du jonglage. Vêtus de l’éternel costume du banquier de la City, cousins des Laurel et Hardy et autres Buster Keaton, ils usent de l’humour décalé et des balles en silicone pour créer un climat poétique et esthétique. Ensorcelées, les balles dessinent des chorégraphies aériennes entre les mains des deux hommes et jurent d’une étrange rythmique de percussions en rebondissant sur le sol. Elles semblent vivre d’elles même mais imposent en douceur tout un dialogue de séduction, de jalousie, de bouderie, de chamaillerie amoureuse, de retrouvailles. Pétillant d’humour et d’émotion ce spectacle est une porte entrouverte sur un coin de paradis, un moment de bonheur par deux enfants de la balle. Saugrenu et décalé, leur univers mêle les chansons de Luis Mariano, les rythmes Hip Hop et les accords de Bach.

EXTRAITS DE PRESSE

H. Judah- The Times – 26 janvier 1999
Coeurs brisés sur la balle.
De tous les arts théâtraux, celui qui se marrie le moins naturellement avec les affaires de coeur est peut-être celui qui implique la propulsion de balles ou de massues. Ils sont peu nombreux ceux qui choisiraient la jonglerie comme moyen d’exprimer la tragédie humaine, tant elle est tributaire de facteurs tels que contrôle et prévisibilité. Lionel About et Vincent Bruel, de la compagnie Vis à Vis, sont parmi ces rares personnes. Leur dextérité est telle que leur « Visa pour l’amour » fait naître, par le mouvement de balles blanches, l’amour, le pathétique et même la mélancolie. Bien sûr, ils sont aidés dans leur tâche par leur talent dans les domaines de la danse et du mime, mais quand la musique s’arrête, il s’agit essentiellement du récit de l’histoire d’amour entre deux hommes et deux sceaux pleins de sphères en silicone. Vêtus de l’éternel costume clownesques du banquier de la City Bruel et about se placent dans une sorte d’aire de jeu articifielle, de jardin synthétique au bord de la mer où ils ont des prises de bec à propos de leurs arrosoirs, fabriquent des bateaux en papier et font pousser d’étranges  plantes à belles, dont les fruits sont cueillis et lancés ensuite à la ronde. (…)
Légende photographique : un Vincent Bruel sur le dos, du duo de jonglerie Vis-à-vis, dans l’invraisemblable tâche d’évocation de l’amour, du pathétique et même de la mélancolie par le mouvement de quelques balles blanches

Jean Michel Guy, Chroniques de l’AFAA n°28
Les Arts du cirque, en France, en l’an 2000 / La compagnie Vis-à-vis
Compagnie créée en 1998 par Lionel About et Vincent Bruel / L’Art de la compagnie Vis-à-Vis
Vincent Bruel et Lionel about se sont rencontrés au Lido, école de cirque de Toulouse, l’une des plus dynamiques de France. Avec leur comparse Pierre Biondi, ils créent Triplex, en 1996, obtiennent avec cette pièce le prix spécial du festival du Cirque de demain, puis entament à deux, sous le regard du metteur en scène Christian Coumin, la création de Visa pour l’amour. Jongleurs virtuoses, ils considèrent, à l’instar de leurs confrères présentés dans ces pages, que la « technique du jonglage n’est pas une finalité, mais un moyen d’interprétation, un langage à part entière ». Cette affirmation aujourd’hui banale ne saurait faire oublier l’extraordinaire difficulté du jonglage, pour qui, du moins, n’entend pas le restreindre à un artisanat. Si l’art consiste à faire oublier et l’instrumentiste et l’instrument, au profit du sens et de l’émotion, alors Visa pour l’amour est du grand art : ce ne sont pas des jongleurs, ni des balles que l’on voit, mais deux étranges jardiniers en costards-cravate qui cultivent en pot des plantes à fleurs rondes et blanches. Sont-ce des frères, des voisins, des collègues de bureau qui continueraient sur le terrain de leur commune passion du jardinage la compétition sans fin qui les oppose dans la vie professionnelle, des amants ? Complices et rivaux, pile et face d’une même pièce, comme dans cette image où l’un effectue les gestes du jongleur, sans balle, tandis que l’autre manipule des balles, mais comme sans gestes, ils sont l’ombre, le reflet, le double l’un de l’autre. Hommes schizoïdes, divisés à l’intérieur, clonés à l’extérieur, aussi inutiles les uns aux autres qu’une vis sans tournevis (une vis-à-vis), aussi tordus, aussi désespérément semblables, nous ne sommes quelqu’un qu’en notre jardin secret. Ce jardin-là est d’un Jacques Tati perdu dans le monde d’Alice : mini arrosoir en plastique, énorme tac-au-tac (ces deux boules reliées par un fil que les gosses d’une génération sur deux s’amusent à heurter l’une contre l’autre pour passer leurs nerfs et mettre ceux d’autrui au supplice), pot de terre géants, gazon synthétique, et deux escogriffes à l’air benêt, imbécilement heureux sur leur pliants de camping de bord de Nationale 7. Le langage qu’on y parle n’est pas moins absurde et violent que celui qui a cours au pays des merveilles. Simplement, il est visuel, gestuel, une flopée de petites balles blanches fraîchement cueillies lui servant de virgules, d’apostrophes et de points en tout genre (exclamation, interrogation, suspension, ordre, appui, coté et à la ligne). Parfois, il s’inspire même directement du langage des signes des sourds muets. Entre mime, théâtre et danse, le jonglage pur semble parfois relégué au second plan. Pourtant, du rideau de pluie qui ouvre le spectacle à la vague marine qui le clôt, en passant par la douche et les séances d’arrosage, l’omniprésence de l'eau rappelle en permanence la fluidité foncière du jonglage - dont les figures de base portent d’ailleurs des noms liquides comme cascade, douche et fontaine. C’est dire que le spectacle roule, coule (et roucoule) sans discontinuer. Malgré l’humour saugrenu, les jeux de séduction et les défis espiègles qui épicent la pièce, Visa pour l’amour laisse une impression de mélancolie, que le titre pouvait laisser présager : on n’embarque plus aujourd’hui pour Cythère sans montrer patte blanche. Poètes, vos papiers !

Martine Maleval, L'émergence du nouveau cirque, 1968-1998, L'Harmattan, 2010, p. 253
(…) Lionel About et Vincent Bruel créent la compagnie Vis-à-vis en 1997. Ils sont également des adeptes des balles de silicone. Visa pour l’amour, mis en scène par Christian Coumin, est un duo dans lequel les balles s’échangent, comme on dit des mots ; des mots doux ou des gros mots, avec tendresse ou avec passion, des banalités ou des certitudes, timidement ou avec véhémence. Les passing de balles établissent un lien entre les deux jongleurs. Les trajectoires sont glissées sur des supports horizontaux et les balles semblent liées entre elles par un flux magnétiques. L’intention ne se réalise que parce que les balles ne sont ni jetées ni abandonnées mais pensées en véritablement prolongement du corps, effectivement convoqué. La balle fait corps et concrétise les sentiments qui unissent les deux jongleurs. La partition musicale, en décalages mesurés, ou en soulignement impromptu, concourt à intensifier un dynamique dialogue.

Martine Maleval, Art  press numéro spécial le cirque au-delà du cercle – Septembre 1999
La rigueur du travail disparaît devant la virtuosité qui rend le geste simple : le sérieux du propos fait cependant rapidement place à la poésie, qui veut que poussent les balles, comme promesses à venir.

Henri Guichard, essai de cirque, page 157
(…) Malgré tout, nous nous réjouissons, car la DRAC Midi-Pyrénées alloue une première subvention d’aide à la création pour la compagnie Vis-à-Vis. Du jour au lendemain, l’administration culturelle porte un tout autre regard sur le travail du lido. Quelques temps avant cette décision, les responsables culturels, me recevaient encore en toute amabilité pour m’expliquer que le spectacle de saltimbanques n’entrait pas dans leur mission d’aide à la création. On évoquait l’intéressante action pédagogique du lido en concluant, tout compte fait, qu’il ne s’agissait que d’une histoire de cirque et de joyeux lurons. J’étais toujours irrité de les rencontrer, notamment au Théâtre Garonne de Toulouse, justifiant leur présence par celle de leurs enfants. Combien était-il agaçant de voir ces décideurs culturels considérer le cirque comme un divertissement juvénile et n’accorder aucune attention aux nouvelles créations de Vis-à-Vis ou de Vent d’autant. Ni les Acrostiches, portant déjà applaudis sur la scène française et internationale, ni aucunes compagnies du cirque nouveau ou contemporain n’avaient encore bénéficié d’aide à la création.

L’express, décembre 1999
Les 100 qui font bouger Toulouse : Les Vis-à-Vis
Nul n’est prophète en son pays, dit-on. Il est vrai que les Vis-à-Vis snt plus connus ailleurs qu’à Toulouse. Leur calendrier très chargé ne leur laisse guère le temps de séjourner dans leur ville. Sauf cette année car le Théâtre de la Cité a programmé leur Visa pour l’amour pour décembre. Une consécration pour ces  deux jongleurs inclassables. Comique, humour, théâtre, danse, les Vis-à-Vis sont un peu tout à la fois. Vincent Bruel et Lionel About, à peine plus de 50 ans à eux d’eux, se sont rencontrés à l’école de cirque de Toulouse, le Lido. Complices et complémentaires, ils ont inventé un langage jonglé mélange de virtuosité et d’écriture gestuelle bien personnelle. Leurs spectacles se passent de paroles.

La scène, mars 2004
Vis-à-Vis : 185 dates en deux ans !
Rarement il nous avait été donné de voir une compagnie quasiment inconnue emporter à ce point l’adhésion d’une salle, qui plus est en majorité garnie de professionnels. C’était en mars 1999, à cahors, pour le Chaînon Manquant. L’un des trois tremplins à avoir permis à Vis-à-Vis de connaître un début de carrière fulgurant pour une première création. « Cette date fut un vrai accélérateur, avec elle d’Arts Fantaisies, à Thuirs, dans le réseau FOL, et celle du Printemps de Bourges qui a permis de toucher un autre circuit de professionnels, expliquent Florence Meurisse et Geo Martinez, chargés de la diffusion de la compagnie. Nous étions au bon endroit au bon moment. Le bouche-à-oreille a ensuite fonctionné dans la profession ».

Télérama spécial Midi-Pyrénées
Dans la mouvance du « nouveau cirque », une histoire de gestes sans parole au bonheur communicatif, contée par deux enfants de la balle.

Christelle Prouvost - Le Soir - le  19 février 2000 / Beau à en perdre la boule et à faire danser la pluie.
Participant à l'envol du cirque actuel, Vis à Vis fait valser les boules avec une tendre énergie, une savoureuse poésie. Ils auraient pu collectionner les boules à thé, les boules de glace, les boules de Noël, les Boules Quies, les boules puantes, les boules de neige, les boules de cristal, les boules de pétanque, les boules dans la gorge ou les boules de gomme. Ils ont préféré élever simplement des boules blanches. Ça pousse dans un pot, c'est beau, c'est rigolo. Il faut juste un peu d'amour, un peu de patience et... un peu d'eau. Et c'est justement ça qui fait un peu défaut. Nos deux rigolos ont bien un arrosoir mais c'est moins qu'il ne faut. Alors ils vont se grattouiller le ciboulot, danser sous la douche, invoquer la nature, se transformer en bâton de pluie, voguer jusqu'à la mer ou même songer à faire pipi dans le petit pot. Mais ce qu'ils ont surtout dans la poche, c'est de l'adresse et beaucoup, beaucoup de tendresse. Au début, ils sont gentiment rivaux. L'un essaie de faire plus grand, plus fort que l'autre. Mais petit à petit, l'amitié va naître, jaillissant, qui sait, de ces mystérieuses boules blanches.
Après avoir créé la compagnie Triplex et « Le p'tit bal perdu », les Français Lionel About et Vincent Bruel, devenus ès maîtres en jonglerie, ont fondé Vis à Vis et leur duo « Visa pour l'amour ». Capables de faire danser les balles, de les faire défiler en rang joyeux, de les faire rouler sur l'épaule ou sur le ventre, de les faire briller et même voltiger, Lionel About et Vincent Bruel (conseillés par Christian Coumin) y ajoutent aussi de souples chorégraphies, une bonne pincée d'humour et de poésie. Si nos deux rigolos font preuve d'une technique irréprochable, jamais la performance n'est mise en avant-plan. Place à la subtilité, au sourire et à la délicatesse. « Visa pour l'amour », c'est un jardin où l'on peut jongler mais aussi mimer la chose sans la moindre balle dans la main, où le tango, le rap, la techno ou Luis Mariano peuvent se côtoyer habilement, où l'on peut faire une pause dans le délire et simplement poser la tête sur une épaule amie.
Parmi les très beaux moments de cette perle, citons le petit jeu avec les « boules-cerises » qu'on s'amusait dans l'enfance à faire claquer l'une contre l'autre et qu'ils font ici pousser, pousser, pousser jusqu'à les métamorphoser en ballons qu'ils font voler, valser, tourbillonner jusqu'à l'éblouissement.
Héritiers du Cirque Plume ou d'Archaos qui ont joliment œuvré au renouvellement du cirque, les complices de Vis à Vis mêlent astucieusement au jonglage, la dérision du théâtre de rue, la technique du cirque, l'amour de la musique, l'énergie de la danse. Un sans-parole qui dit les choses avec légèreté, vous amuse en toute simplicité. Autant d'arguments qui nous permettent de décerner au spectacle son visa pour l'amour.

S. Vignoux - La Dépêche – décembre 1998
Ils font pousser des balles, comme d’autres des graines de tournesols. Naturellement, avec un peu d’eau et beaucoup d’imagination. Sur scène de préférence et à la lueur des projecteurs. De petites balles en silicone autour desquelles s’articule un spectacle rebondissant. Étourdissant même. Des balles enfin, qui ne sont rien d’autre qu’un moyen d’expression entre deux personnages... Deux enfants de la balle, en somme. Le premier est brun, la silhouette effilée, avec de petites lunettes carrées sur le nez qui lui donnent un air mi-intello, mi-rigolo. « Rien qu’avec sa tête, il donne envie de rire », précise Lionel, qui lui est plutôt aux antipodes. Blond, trapu et expansif. Les deux sont animés par la même passion, celle du jonglage, de la danse et du mime. Parce que « Visa pour l’amour », c’est un peu tout cela à la fois. Une fantaisie gestuelle qui raconte l’histoire « de deux personnes qui s’aiment, se déchirent, se réconcilient... », explique Lionel... Avant de poursuivre : « Ils ont une apparence sérieuse, dans leurs costards gris-noirs de style coincés-serrés. Mais en réalité, ils s’intéressent à des choses ludiques et légères. » En l’occurrence: faire pousser des balles. Qui a eu cette idée folle , « C’est Lionel », répond Vincent. Et d’ajouter : « Dans un spectacle comme le nôtre, tout est calculé. Il y a peu de place laissée à l’improvisation. » « Avant chaque représentation, j’ai toujours un trac monstre. Le jonglage, c’est très sensible. Un faux mouvement et tout ce que tu fais faire peut s’effondrer. »
S’effondrer, mais sans jamais perdre les petites graines. Et, continuer à faire pousser des balles.

Yves MARC - La dépêche du midi - le 07 décembre 1999 / Un précieux Visa pour l'amour
Depuis qu'ils sont jeunes mariés, le théâtre et le cirque trouvent l'un et l'autre une nouvelle jeunesse. Et quand la danse est conviée à la noce c'est encore mieux. Exemple des heureux effets de ce ménage à trois: ce jubilatoire « Visa pour l'amour » qui fait les beaux soirs du petit théâtre de la Cité. Purs produits du Lido toulousain - qui est devenu une référence - Lionel About et Vincent Bruel ont mis en commun leur science du jonglage, leur savoir-faire de danseurs en tous genres et surtout leur fantaisie et leur sens du spectacle, pour un goûteux délire surréaliste. Il tourne autour d'une histoire de jardiniers à la Peynet acharnés à faire pousser dans des pots, des fleurs en forme de balles de toutes dimensions qui, dans les mains aimantées de ces deux virtuoses, deviennent les étoiles d'un étrange ballet.
Magie, poésie et humour sont au programme de cet exercice de haute volée, exécuté dans le bruyant silence propre aux grands « comics » muets, ou au contraire sur une éclectique bande son qui mélange le hip-hop, Bach, le bal musette et de vieilles et craquantes rengaines énamourées. Le succès de ce théâtre jonglé, bijou bien ciselé par le metteur en scène Christian Coumin avec la complicité d'une régie méticuleuse, tient à la richesse de son inspiration, à sa légèreté, au contraste marqué de deux fortes personnalités, à ses morceaux de bravoures - le tango pour deux ballons et un danseur fou de Vincent Bruel vaut à lui seul le déplacement. Mais il vient aussi de son « timing » maîtrisé à la seconde près et de son bon dosage dans le mélange des formes, la prouesse technique n'étant qu'un élément d'un ensemble bien pensé et structuré.
Un spectacle plein de bonnes surprises que l'on déguste comme une savoureuse liqueur au goût inconnu.

La Dépêche du Midi - le 21/03/2001 / Dernier Visa pour l'amour
Ce n'est pas un divorce. Non. Tout juste une séparation de corps. Un chemin qui se dédouble: celui de Lionel About et de Vincent Bruel. Les deux comédiens-poètes de Visa pour l'amour, donné pour la dernière fois dans l'Aude, ont décidé de mettre fin à leur jonglerie commune. Raison de plus pour se ruer à Conilhac-Corbières, vendredi (1), pour y rêver éveillé. Déjà présenté par l'Association théâtre populaire (ATP) à deux reprises dans le département, le Visa pour l'amour ne vivra bientôt plus que dans le souvenir... Ni théâtre, ni danse, ni cirque, et pourtant tout cela à la fois, Visa est un ballet de balles bondissantes et rebondissantes. Une histoire sans paroles où le jonglage sert de langage. Se comprendre sans les mots mais pas sans l'émotion... Parce que si About et Bruel sont jongleurs de formation, leur style rompt avec l'image classique de la prouesse. Les balles en silicone, par la particularité de leurs rebonds, permettent d'inventer d'improbables trajectoires aux effets magiques. Si le savoir-faire est impressionnant (treize balles en rebonds à deux par exemple), la technique du jonglage n'est pas une finalité, mais un moyen d'interprétation, une manipulation d'objets, un langage à part entière. Mis en scène par Christian Coumin, le spectacle pétille d'humour et d'émotion. Une porte entrouverte sur un coin de paradis cultivé par deux empotés heureux. Saugrenu et décalé, leur univers mêle les chansons de Luis Mariano et celles d'Annie Cordy, du hip-hop et du Bach...

 

Extraits du spectacle Visa pour l'Amour - TNT- décembre 1999 © Arènes Production Mars 2000, Gérard Dupuis, Sandrine Auchain, Delphine Valdemaire, Marlène Tissier, Julien Decarne, Claire Nicolet, Fabien Rabeau; Tournage et post production: lycée des Arènes de Toulouse, département STS Audiovisuel

 

Extraits du spectacle Visa pour l'Amour © Cie Vis-à-Vis, Yvan Cattelan, collection le Lido

Vincent rejoint en 2003 la Compagnie Les Objets Volants et travaille aux cotés de Denis Paumier et  Sylvain Garnavault sur le spectacle Contrepoint. En novembre, ils présentent des extraits à Reims et à Londres, avant de montrer le spectacle complet en mai, septembre et octobre 2004. En décembre, ils sont en résidence à Cherbourg pour démarrer un nouveau projet.
La compagnie Les Objets Volants crée des spectacles de jonglage et les produit en France et dans le monde depuis 1999. Les spectacles de la compagnie privilégient la recherche et les nouvelles techniques sur les objets et leur manipulation.
Contrepoint est un spectacle qui défriche une nouvelle manière d'écrire le jonglage, avec l'utilisation massive des notations et des outils informatiques. L'emploi de ces outils permet d'aller au-delà des habitudes du corps et de l'esprit, pour faire place à l'innovation. Avec une partition hypnotique et minimaliste, sur un jeu entre l'homme et la machine, le spectacle captive le regard par la profusion des variations. Une motivation de départ a été l’idée d’écrire une partition comme il en existe en musique, pour pouvoir la soumettre ensuite à des interprètes. Suivre strictement cette contrainte est encore extrêmement difficile, néanmoins l’aller-retour entre le papier (ou l’écran) et la pratique s’avère fructueux.

EXTRAITS DE PUBLICATION

Sean Gandini – Kaskade, magazine européen de jonglerie 2/2005 N°78  page 8
Contrepoint / Denis Paumier -Vincent Bruel - Sylvain Garnavault
Six mains échangent des petites balles orange dans de complexes arcs pré-calculés. Leurs hauteurs et trajectoires sont si précises que l’on pourrait presque voir des traces de chiffres volants dans l’air. Les figures avancent sans cesse, parfois groupés ensemble par des arpèges à travers des tableaux de patterns, parfois suivant leur propre logique. C’est de la notation de jonglerie transformée en réalité. Sur des rythmes syncopés les balles montent, descendent, sont placées autour des bras, des cous et des jambes. Les trois jongleurs se séparent dans de nombreux duos kot a kot (terminologie de Vincent Bruel dans bouncing in Paris) souvent ombragé par le troisième jongleur. Vincent réalisant une myriade de variations rapides du 231 pendant que les bras de Sylvain et Denis s’emmêlent dans des 2s pingouins. Malgré le fait que ce spectacle soit de la jonglerie sans théâtralisation, je l’ai trouvé très humain. Chacun des jongleurs est un individu s’occupant de sa tâche de jonglerie complexe. Vincent ironique malgré lui, rajoute une touche d’humour à la cérémonie, Sylvain sautille entre les figures possédé par une secrète force digitale et Denis « Intel Inside » comme Vincent l’appelait, est calmement en control de l’étrange cérémonie qu’il a créé. Ce qui m’a frappé tout de suite c’est à quel point on voit peu de ce type de jonglerie et à quel point c’était beau à mes yeux. Contrepoint, c’est 45 minutes de jonglerie. De la jongle pure, distillé, non contaminé. Comme de la musique et de la danse, la jonglerie a le potentiel d’un vocabulaire, d’un langage. Fréquemment ce vocabulaire est caché dans l’intérêt d’autres formes d’art. Rarement la jonglerie est utilisée dans l’intérêt du jonglage. Ceci est de la méta jonglerie, de la jonglerie qui parle de jonglerie. Libéré des chaînes de la rhétorique et du « showmanship », cela s’occupe de notre modeste art pour ce que c’est : des combinaisons de lancés et attrapés. C’est une célébration de nuances et richesses de ce simple vocabulaire. Contrepoint existe quelque part entre le tableau périodique et le clavier bien tempéré de Bach. Une Tabula Rasa sur laquelle réécrire l’émergence d’un nouveau vocabulaire comme un nouvel alphabet, ceci est jonglage comme vocabulaire, comme langage. Le spectacle est aussi un hommage à la notation et aux logiciels. Construit de notations siteswap, la sous estimé notation MHN d’Ed Cartens’ (notation multi mains) et les notations élégantes de passing de Jack Boyce. Avec des projections de schémas humainement impossibles générés par JoePass de Wolfgang Westerboer. Suffit à dire que, dans mes yeux de jongleur infectés, cette performance/événement était l’une des applications de la jonglerie les plus rafraîchissantes que j’ai vu depuis longtemps. Brave, intransigeant, ouvert sur l’avenir. Le futur de la jonglerie semble très prometteur. Le futur du jonglage est plein d’espoir. Denis Paumier prévoit actuellement « Contreligne » qui explorera l’univers des massues et anneaux.

Martine Maleval, "Prouesses circassiennes et nouvelles technologies", dans Jean-Marc Lachaud, Olivier Lussac (Dirs), Arts et nouvelles technologies, L'Harmattan, 2007, p. 208.
Notons qu’il existe depuis 1985 des équipes de chercheurs en mathématiques du jonglage. Théorèmes, notations des figures jonglées (méthodes appelée site swaps) sont autant d’outils qui permettent de produire une « théorie mathématique du jonglage » qui, pour Jean-Michel Guy, n’a plus grand chose à voir avec sa pratique ». Ainsi, des logiciels d’animation élaborent des figures qu’aucun jongleur n’a jusqu’alors pensées. Certaines d’entre-elles, par ailleurs, sont irréalisables ; d’autres requièrent un entrainement spécifique. Vincent Bruel, Sylvain Garnavault et Denis Paumier (Compagnie Les objets volants) réalisent, en 2003, Contrepoint. Ils affirment « défricher une nouvelle manière d’écrire le jonglage, avec l’utilisation massive des notations et des outils informatiques ». Ces artistes pensent que l’usage de ces outils leur « permet d’aller au-delà des habitudes du corps et de l’esprit, en laissant la place à l’innovation. » Il peut évidemment paraître surprenant de déléguer à une machine la pensée d’un mouvement propre à une activité non productive. Dans leurs notes d’intention, les artistes précisent que le « système du site swap a ouvert toute une panoplie de nouvelles variations ; nous avons utilisé un logiciel de simulation de jonglage aussi bien pour créer les figures que nous interprétons que pour certaines vidéos qui sont projetées sur scène ». Lorsqu’ils affirment qu’il est malgré tout laissé « une place au jeu et à la personnalité de chaque interprètes », nous sommes quelques peu rassurés. En effet l’irréductibilité de l’humain, du corps de l’artiste, semble sauvegardée !

Cyrille Planson - La Scène, le magazine des professionnels du spectacle - Mars 2004
Denis Paumier Les Objets Volants
Formé au centre national des arts du cirque, dont il est sorti en 1999, Denis Paumier est l’un des tenants d’une nouvelle génération d’artistes qui, sur les traces de Jérôme Thomas, multiplient les expériences et les croisements artistiques. Très investi dans les nouvelles technologies appliquées au jonglage, il travaille actuellement à la création de son nouveau spectacle, Contrepoint, dont la présentation publique est prévue en septembre prochain lors du festival Jonglissimo. Cette nouvelle pièce pour trois jongleurs, qui fait suite à plusieurs spectacles remarqués (Tournemains et autres objets, Impers et passes) présente la particularité d’avoir été écrite pour partie, avant même d’être exécuté sur un logiciel informatique fonctionnant avec le système de notation « site-swap ».

Extraits du spectacle Contrepoint - 2004 © Cie Les Objets Volants